Tribunal Judiciaire de Créteil, 3ème Chambre, 13 mars 2026 — affaire X c/ BNP Paribas
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Les faits
Le 1er novembre 2023, M. X, 76 ans, reçoit un SMS d'un numéro inconnu lui signalant un achat suspect de 1 789,99 € sur Amazon.
Inquiet, il rappelle le numéro indiqué dans le message.
Peu après, il reçoit deux appels de personnes se présentant comme des employées de la BNP Paribas, qui semblent parfaitement au courant de ses informations personnelles et bancaires. Convaincu d'avoir affaire à sa banque, il remet ses cartes bancaires à un prétendu coursier dépêché à son domicile.
Résultat : cinq opérations frauduleuses sont réalisées pour un total de 16 980 euros. La BNP Paribas refuse de rembourser, estimant que son client a commis une négligence grave.
M. X et son épouse saisissent le Tribunal Judiciaire de Créteil.
Ils sont représentés par Maître Yann Gré.
La question juridique centrale : la « négligence grave »
Le Droit Bancaire (article L. 133-18 du Code Monétaire et Financier) pose un principe simple :
Lorsqu'une opération de paiement n'a pas été autorisée par le client, la banque doit la rembourser. La seule exception consiste, pour la Banque, à prouver que son client a commis une négligence grave.
C'est l'argument qu'avançait la BNP PARIBAS dans cette affaire : M. X avait rappelé un numéro inconnu, puis fourni des informations confidentielles et remis ses cartes bancaires à une personne inconnue.
Pour la banque, c'était suffisant pour le priver de tout remboursement.
La réponse du Tribunal : Il ne s'agit pas d'une négligence grave.
Le Tribunal reconnaît que M. X a commis des négligences.
Il n'a pas vérifié les numéros de téléphone, et il a remis ses cartes à un coursier, pratique qu'aucune banque ne met en œuvre.
Le Tribunal refuse cependant de qualifier ces erreurs de négligence grave, en retenant trois éléments déterminants :
L'âge de la victime — 76 ans au moment des faits, ce qui constitue une vulnérabilité particulière face à ce type d'arnaque sophistiquée.
Le contexte temporel — les faits datent de novembre 2023, époque à laquelle le grand public était encore peu informé du « spoofing » (technique consistant à usurper l'identité d'une banque par téléphone).
La sophistication de la fraude — les escrocs disposaient déjà de nombreuses informations personnelles sur M. X, ce qui rendait la supercherie particulièrement crédible.
Le Tribunal décide que la banque doit rembourser son client.
Elle est donc condamnée à restituer les 16.980 €, ainsi qu'à régler 1 000 € au titre des frais de procédure.
La motivation de ce jugement est la suivante :
« Il doit … être tenu compte d’une part de l’âge de M. X, lequel était âgé de 76 ans au moment des faits, et ainsi de sa particulière vulnérabilité à ce type de fraude, de ce que les faits ont eu lieu en novembre 2023 alors que le grand public était encore peu alerte et méfiant vis-à-vis de ce type de fraude moins connues qu’au jour du prononcé du jugement. Si la banque affirme avoir relayé l’information sur le risque de fraude auparavant soit au printemps 2022, il s’évince que X compte tenu de son âge, ne pouvait raisonnablement se méfier.
Dès lors, compte tenu des circonstances qui viennent d’être décrites, les négligences de M. X ne peuvent être qualifiées, dans leur contexte, comme graves.
En conséquence, il incombait à la banque de rembourser l’opération litigieuse à son client ».
Ce que ce jugement nous enseigne :
Cette décision est importante à plusieurs titres.
Elle rappelle d'abord que la charge de la preuve pèse sur la banque, et non sur le client.
C'est à l'établissement bancaire de démontrer la négligence grave et cette preuve ne peut pas se réduire au simple constat que les cartes ont été utilisées avec le bon code confidentiel.
Elle reconnaît ensuite que la négligence grave s'apprécie in concreto, c'est-à-dire en tenant compte de la situation personnelle de la victime, de son âge, et du contexte dans lequel la fraude s'est produite.
Un comportement qui pourrait sembler imprudent chez un adulte averti peut ne pas l'être chez une personne âgée confrontée à des escrocs particulièrement habiles.
Elle illustre enfin la progression des arnaques au « faux conseiller bancaire » (aussi appelées « spoofing »), qui se perfectionnent d'année en année et touchent en priorité les personnes les plus vulnérables.
Conseil pratique
Aucune banque ne vous demandera jamais de lui remettre vos cartes bancaires, ni par courrier, ni par coursier, ni en mains propres.
Si vous recevez un tel appel, raccrochez et contactez directement votre agence via le numéro figurant sur votre relevé de compte.
Si vous avez été victime d'une fraude de ce type et que votre banque refuse de vous rembourser, des recours existent.
N’hésitez pas à contacter un Avocat.











